Qu’elle a été l’évolution du cours de l’argent métal sur les 10 et 20 dernières années ?

21 Janvier 2026
Au 1er Janvier 2026, l’once d’argent était à 60,51€, en augmentation de 117,40% sur un an. Cette envolée spectaculaire du métal blanc surpasse la progression de l’once d’or, qui, sur la même période d’un an, s’est valorisée de 46,49%. On est loin de l’indice boursier du CAC40 avec ses modestes 10% de croissance. Nous allons prendre du recul sur 10 et 20 ans et voir qu’elle a été la progression de l’argent métal sur ces 2 intervalles temporels.

Evolution du cours de l’argent métal sur 20 ans (2006-2026)

Allons sur le site Or.fr du courtier Goldbroker à la rubrique « Graphique historique de l’argent ».

Commençons par dézoomer et regardons combien valait une once d’argent métal début 2006. Il y a 2 décades, le métal blanc était valorisé à 7,5€. Vingt ans plus tard, le voilà à 60,51€, ce qui se traduit par une augmentation du cours de plus de 700%. Voyons les grands évènements qui ont contribués à cette hausse spectaculaire.

La ‘bosse’ du cours de l’argent métal de fin 2010 à 2013

Dès Avril 2006, le cours de l’argent se stabilise autour de 10€ l’once. Ce palier va se maintenir jusqu’à l’apparition d’une ‘bosse’ qui va perdurer 3 ans, de 2011 à 2013. Le sommet de cette bosse est atteint le 28 Avril 2011 avec un pic à 32,78€ l’once. Les analystes attribuent cette hausse à une conjonction de 2 facteurs : un facteur monétaire et un facteur financier.

Pour le facteur monétaire, nous sommes dans le dur des politiques ultra-accommodantes menées par la Réserve fédérale, la BCE et d’autres banques centrales. Les taux proches de zéro et autres programmes massifs de quantitative easing ont nourri une crainte de dépréciation des monnaies fiduciaires. L’argent métal, plus accessible que l’or physique et historiquement volatil, a bénéficié d’un effet de levier spéculatif.

Ensuite, la période 2010-2011 correspond à une forte financiarisation du marché de l’argent. Les ETF adossés à l’argent physique se développent rapidement, attirant des flux massifs de capitaux. Une part importante de la hausse est alimentée par des investisseurs non industriels, parfois peu familiers du marché, ce qui accentue les mouvements haussiers.

Le palier de 2013 à mi 2020 à 15€ de l’once (en moyenne)

L’argent souffre cependant d’une caractéristique structurelle : contrairement à l’or, il est à la fois métal monétaire et métal industriel. À partir de 2013, le ralentissement économique mondial, la stabilisation du système financier et la perspective d’un resserrement monétaire aux États-Unis entraînent une chute de la demande spéculative, tandis que la demande industrielle progresse plus lentement que prévu. Porté dorénavant par cette seule demande industrielle, le cours de l’argent retombe à une moyenne de 15€ de l’once. Ce cours va rester relativement stable jusqu’à mi 2020.

Evolution du cours de l’argent sur 10 ans (2016-2026)

Revenons à notre graphique historique de l’argent sur le site de Or.fr et zoomons cette fois sur les 10 dernières années.

Au 31 Décembre 2015, le cours de l’argent métal termine l’année à 13€ de l’once. Dix ans plus tard, le voilà à 60,51€, ce qui se traduit par une augmentation du cours de plus de 360%.

De 2016 à mi-2020, le cours de l’argent se stabilise autour d’une quinzaine d’euros l’once. Comme nous l’avons vu précédemment, il est le reflet, pour l’essentiel, de ses fondamentaux industriels.

Mais en Juillet 2020, nous voyons sur le graphique qu’il accède subitement à un nouveau palier, autour de 20€ l’once

Le palier à 20€ du cours de l’argent de 2020 à 2024

Le passage d’un palier de 15 € à environ 20 € l’once, s’explique par des facteurs structurels plus solides que ceux observés lors de la bosse spéculative de 2011.

Le premier moteur est le choc monétaire et budgétaire lié à la crise du Covid-19. À partir de 2020, les banques centrales injectent des volumes de liquidités sans précédent, tandis que les États creusent fortement leurs déficits. Cette expansion monétaire durable ravive les craintes d’inflation et d’érosion du pouvoir d’achat, ce qui soutient l’ensemble des métaux précieux. L’argent bénéficie de ce mouvement, même s’il reste moins « refuge » que l’or sur le long terme. Cela se voit très nettement sur le graphique montrant la progression du métal jaune sur 10 et 20 ans.

Deuxième facteur clé : la revalorisation de la demande industrielle. Dans son rapport 2024 intitulé ‘World Silver Survey’, le Silver Institute a montré que l’argent est indispensable aux secteurs en forte croissance que sont le photovoltaïque, l’électronique, ou encore les véhicules électriques. Entre 2020 et 2024, la transition énergétique devient un axe stratégique mondial, ce qui ancre une demande structurelle plus élevée et plus prévisible.

Par ailleurs, l’offre progresse lentement. L’argent est majoritairement extrait comme sous-produit d’autres métaux (cuivre, zinc, plomb), ce qui limite la capacité d’augmenter rapidement la production en réponse à la demande. Cette rigidité de l’offre contribue à soutenir les prix.

Enfin, la période 2022-2024 est marquée par un retour de l’inflation réelle, des tensions géopolitiques et une défiance croissante envers les dettes publiques. Contrairement à la bosse de 2010-2013, la hausse de l’argent n’est pas explosive mais progressive et mieux répartie dans le temps, traduisant un ajustement plus fondamental que spéculatif.

La hausse du cours de l’argent métal sous forme de Dirac en 2024-2025

La hausse très brutale de l’argent en 2024 (+29%) et 2025 (+117,40%), souvent décrite comme une impulsion de type Dirac, ne peut pas être expliquée par un seul facteur. Elle résulte d’un déclenchement en chaîne, typique des marchés étroits et structurellement tendus.

Le déclencheur principal est un changement de perception du risque monétaire. En 2024-2025, la combinaison de dettes publiques record, de déficits persistants et d’un affaiblissement du dollar entraîne une rupture psychologique. L’argent, longtemps perçu comme secondaire par rapport à l’or, devient soudainement un actif monétaire crédible à fort effet de levier, car son marché est beaucoup plus petit. De faibles flux marginaux suffisent donc à provoquer des variations de prix extrêmes.

À cela s’ajoute un déséquilibre physique devenu visible. Les déficits cumulés du marché de l’argent finissent par se matérialiser : tensions sur les stocks disponibles, allongement des délais de livraison, primes élevées sur le métal physique.

Un autre facteur clé est la compression violente des positions vendeuses. L’argent est historiquement très « shorté » sur les marchés dérivés. Lorsque le prix dépasse certains seuils techniques et psychologiques, les vendeurs à découvert sont forcés de se racheter, ce qui alimente mécaniquement une accélération quasi verticale des cours.

Enfin, le caractère non linéaire de cette hausse tient à la structure même du marché : faible profondeur, forte composante industrielle incompressible et retour soudain d’investisseurs cherchant un actif tangible accessible.

Cette envolée ne traduit donc pas une simple spéculation, mais une rupture de confiance brutale, révélant un marché de l’argent longtemps sous-évalué et fragile.

Quelles perspectives pour le cours de l’argent en 2026 et au-delà ?

Les perspectives pour l’argent métal à partir de 2026 s’inscrivent dans un régime très différent de celui des décennies passées. Après une hausse brutale en 2024 et surtout 2025, le scénario le plus probable n’est ni un effondrement durable ni une poursuite linéaire de la hausse, mais une phase de rehiérarchisation du marché.

À court terme (2026), le marché devra digérer le choc de prix. Une période de volatilité élevée est probable, avec des corrections parfois marquées, liées aux prises de bénéfices et au retour d’arbitrages financiers. Toutefois, un retour durable aux niveaux d’avant 2024 paraît peu crédible, car les fondamentaux ont changé. Les coûts marginaux de production minière ont fortement augmenté (énergie, capital, contraintes environnementales), ce qui crée un nouveau plancher de prix sensiblement plus élevé qu’auparavant.

À moyen terme, la trajectoire dépendra surtout de la demande industrielle structurelle. L’argent est désormais au cœur de la transition énergétique, des réseaux électriques, du photovoltaïque avancé, de l’IA matérielle et de l’électronique de puissance. Même avec des efforts de substitution, les volumes requis restent importants. Or l’offre, rigide par nature, ne peut pas s’ajuster rapidement. Cela plaide pour un marché durablement tendu, avec des cycles de hausse plus courts mais plus violents.

Sur le plan monétaire, l’argent pourrait retrouver un rôle hybride plus affirmé. Si les banques centrales restent concentrées sur l’or, les investisseurs privés, eux, voient dans l’argent un actif monétaire « populaire », plus accessible et plus sensible aux tensions systémiques. Ce n’est pas un hasard si le lingot de 1000 onces est apparu à la rubrique ‘Lingots d’argent’ du catalogue du courtier Goldbroker. Il est le reflet de la forte demande d’argent métal par les particuliers avisés et fortunés.

À long terme (au-delà de 2026), l’argent semble entrer dans un régime de prix plus élevé et plus instable, alternant phases de consolidation et impulsions rapides. Il ne s’agit plus d’un simple métal cyclique, mais d’un métal stratégique, à la frontière entre industrie critique et réserve de valeur.

Sur 10 ans, le cours de l’argent métal à progressé de plus de 360%. Sur 20 ans, cette progression a dépassé les 700%. Après le Dirac époustouflant de 2025 (+117,40%), l’enjeu n’est plus de savoir si l’argent restera cher, mais à quel rythme et avec quelle volatilité il redéfinira son équilibre de long terme.

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